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2.3 Influence du tourisme sur l'économie locale

L'influence du secteur touristique sur les autres secteurs d'activité des deux îles se rencontre partout. C'est une évidence dans le BTP.

L'aspect le plus préoccupant est de savoir comment vont se reconvertir les employés du BTP dont le boom touche à sa fin, et aussi comment endiguer l'incroyable immigration clandestine induite par le tourisme.

2.3.1 Une économie locale désormais "satellite" du tourisme

Le développement touristique des Iles du Nord conditionne désormais leur développement économique, et comme le souligne Jean-Luc MATHIEU, le tourisme et le commerce sont devenus les seules activités (240). C'est pourquoi les études du tissu économique et du problème de l'emploi ne viennent qu'après l'étude du fait touristique à Saint-Martin et Saint-Barthélémy.

2.3.1.1 Le tissu économique des Iles du Nord

Les classeurs communaux de l'INSEE pour Saint-Martin et Saint-Barthélémy révèlent une structure de l'économie fortement orientée vers les services marchands, le commerce et le BTP.

Tableau XII : Répartition des établissements implantés sur les communes de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy, par grands secteurs d'activité (241).
Secteurs d'activité Saint-Martin

(nombre d'établissements)

Saint-Barthélémy

(nombre d'établissements)

    nombre 
% du total nombre  % du total
Agriculture, pêche 7 0% 7 1%
Industries agricoles et alimentaires 24 1% 10 1%
Production et distribution d'énergie 4 0% 3 0%
Industries de biens intermédiaires 26 1% 3 0%
Industries de biens d'équipements 14 0% 7 1%
Industries de biens de consommation 66 2% 41 3%
Industrie du bâtiment et des travaux publics 370 12% 330 28%
Commerce 467 16% 206 17%
Transports et télécommunications 165 6% 78 7%
Services marchands 1646 55% 416 35%
Location et crédit-bail 161 5% 65 5%
Organismes financiers 7 0% 5 0%
Services non-marchands 23 1% 13 1%

La comparaison graphique des structures propres à chaque commune souligne une importance identique des services marchands, ainsi qu'un secteur du BTP plus prépondérant à Saint-Barthélémy qu'à Saint-Martin.

Graphique 20 : Répartition des commerces à Saint-Martin.
 
 












Graphique 21 : Répartition des commerces à Saint-Barthélémy.
 
 












2.3.1.1.1 Le commerce et services marchands, activités centrales

L'étude de ces chiffres souligne indéniablement une orientation commerciale et de services de l'économie des Iles du Nord. Services marchands et commerces représentent 71% des établissements de Saint-Martin, et 52% à Saint-Barthélémy.

" Le quart des entreprises [de Saint-Barthélémy] oeuvre dans le BTP. L'essentiel du reste est composé de services marchands divers, liés au tourisme. A la fin de 1991, il y avait 34 hôtels et 72 cafés-restaurants et une soixantaine de sociétés de promotion et d'agences immobilières ; plus de 100 magasins vendaient des produits "détaxés", comme à Saint-Martin " (242).

2.3.1.1.2 Le BTP, secteur en récession

Il est notoire que le BTP est un secteur dépendant de la croissance économique. C'est pour cela qu'après des années "folles", et spécialement 1990 et 1991, l'activité de ce secteur diminue, tout en restant une des pièces maîtresse de l'économie des Iles du Nord, et spécialement à Saint-Barthélémy où il représente encore 28% des établissements recensés.

Ce même secteur ne représente que 12% à Saint-Martin, qui souffre peut-être d'une concurrence de la partie néerlandaise en ce domaine. En effet, deux facteurs tendent à penser que les entreprises du BTP sont mieux représentées à Sint-Maarten qu'à Saint-Martin :

- Le "boum" touristique (et donc immobilier) s'est d'abord révélé dans la partie néerlandaise, dans les années 70, suite à des mesures fiscales proches des mesures françaises de "défiscalisation" (243). Lorsque la période de développement des constructions apparut côté français, les entreprises néerlandaises étaient déjà présentes sur le marché de Saint-Martin qui, rappelons le, ne connaît pas de frontières internes. Il est donc logique que les entreprises les plus expérimentées soient celles qui décrochèrent les plus gros marchés du côté français, et il s'agissait en l'occurrence des entreprises néerlandaises.

- La partie néerlandaise connaît un régime social bien plus avantageux pour les entreprises que la partie française (244). Les conséquences directes de cet état de fait sont des coûts d'exploitation de la partie française nettement plus élevés que ceux de la partie néerlandaise.

Saint-Martin
    Sint-Maarten
    Rémunérations brutes minimales (en francs)
5 260,97 
    2 675,00 
    Cotisations sociales (taux en pourcentages)
48,05 
    17,24 
    salariés
16,24 
    13,85 
    employeurs
31,81 
    3,39 

De plus, les congés payés sont de cinq semaines à Saint-Martin, contre quinze jours à Sint-Maarten, et la couverture sociale des employés de Sint-Maarten ne s'applique qu'à eux-mêmes (sans prendre en charge épouse, concubine ou enfants).

L'intérêt d'un entrepreneur est donc de faire enregistrer son entreprise à Sint-Maarten, même s'il est français. Ceci n'est pas envisageable dans l'hôtellerie ou le commerce, où l'entrepreneur doit se faire enregistrer dans la partie de l'île où réside son commerce ou son hôtel. Par contre, dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, l'entreprise peut être domiciliée côté néerlandais, puisque les ouvriers, les véhicules et le matériel peuvent passer côté français, sans contrôle. Et comme rien ne saurait empêcher un français d'être le chef d'une entreprise en partie néerlandaise ...

Il est certain que la saturation du potentiel immobilier engendre d'ores et déjà une récession du secteur du BTP. A Saint-Martin, les offres d'emploi dans ce secteur sont aujourd'hui inexistantes, même si la moitié des demandes d'emploi sont encore orientées vers le BTP.

Cette récession se fera obligatoirement plus sentir à Saint-Barthélémy, où le BTP représentait encore, en septembre 1992, 28% des établissements déclarés.

2.3.1.1.3 Absence d'agriculture

Le recensement général de l'agriculture, tant à Saint-Martin qu'à Saint-Barthélémy, démontre la disparition presque totale de cette activité (245).

Déjà dans la répartition des établissements implantés sur les communes des Iles du Nord, le secteur "agriculture et pêche" représentait moins de 1% des établissements à Saint-Martin, et tout juste 1% à Saint-Barthélémy. Ceci représente moins de 10 personnes à Saint-Barthélémy, et moins de 20 à Saint-Martin, soit 0,3% et 0,08% des populations respectives de ces îles.

Cependant, certains actifs continuent d'entretenir des lopins de terre, et de petits cheptels, mais à titre complémentaire (246).

Les Saint-Barths savent résumer parfaitement la situation :

" Avec ses cheveux cendrés serrés sur la nuque, Mathilde Laplace ressemble à s'y méprendre aux femmes de la campagne normande. Même accent, mais plus chantant. L'influence des îles. Lorsqu'on lui demande comment marchent les cultures, elle sourit : " Maintenant la culture principale, ici, c'est le tourisme. On ne plante plus rien, seulement quelques patates douces et des pois de bois. " [...] A quoi bon cultiver la terre : l'industrie touristique est plus profitable." (247).

2.3.1.2 "Importations" et "exportations"

Les guillemets sont utilisées ici, puisque des marchandises provenant de Guadeloupe "continentale" ou de France Métropolitaine sont considérées comme importations.

Quant aux exportations, le seul produit de Saint-Martin vendu en dehors des Iles du Nord est de l'eau minérale (248), en très faible quantité qui plus est (249). Nous pouvons en fait considérer que Saint-Martin n'exporte pas de produits, et que tout ce qui y est consommé est produit à l'extérieur, à l'exception bien sûr de quelques productions agricoles occasionnellement vendus sur les marchés, et qui ne saurait assurer une autosuffisance alimentaire aux Iles du Nord. On est bien loin du milieu du XIXème siècle, où 350 000 tonnes de sel étaient exportées annuellement pour être utilisé à Saint-Pierre et Miquelon et aux Etats-Unis (250) !

2.3.1.2.1 Provenances des importations

Les importations proviennent tout d'abord des Etats-Unis d'Amérique (251). Le second importateur est l'île de Puerto-Rico, qui possède d'ailleurs le statut d'Etat associé aux Etats-Unis. Ces deux premiers importateurs sont la source majeure des produits manufacturés et agro-alimentaires consommés dans l'île. En troisième position arrivent les îles de la Caraïbe (DFA (252) compris), source essentielles de l'approvisionnement en fruits et légumes.

Ce n'est qu'ensuite, en quatrième et dernière position que se positionne la Métropole dans le classement des importateurs aux Iles du Nord. Il s'agit essentiellement de produits de luxe destinés à la revente aux touristes nord-américains, mais aussi de produits consommés par les administrations, comme par exemple les Renault 5 de La Poste ou la voiture de fonction du sous-préfet, ... .

2.3.1.2.2 Modes de transport

Le caractère insulaire des Iles du Nord limite les modes d'acheminement du fret à deux possibilités, par voie maritime et par voie aérienne.

a) A Saint-Martin

Le mode d'acheminement des importations est essentiellement maritime, puisque le Port de Marigot, en 1994, a traité 28 000 tonnes de marchandises (253). L'aéroport de Grand Case, pour 1994, avait quant à lui constater un trafic de 520 tonnes de fret, auquel on doit ajouter 215 tonnes pour la poste (254). L'analyse des statistiques de Grand Case révèle, comme on pouvait s'y attendre, l'existence d'un déficit structurel des échanges de fret, en volume :

Graphique 22 : Arrivées et départs de fret à Grand Case, de 1991 à 1994.
 
 












Le Port de Marigot assure plus de 98% des importations, c'est à dire de l'activité "fret" (fret postal exclu) réalisées directement sur la partie française.

Le plus gros problème reste la prise en compte des importations réalisées via la partie hollandaise (aéroport de Juliana et port de Philipsburg). En effet, en vertu de la libre circulation des personnes et des biens en vigueur depuis 1648 dans l'île, comment déterminer le lieu de consommation finale des produits importés ? Même l'IEDOM, dans son rapport annuel, ne se risque pas à une quelconque estimation : un bourg français peut dépendre économiquement de la partie hollandaise, comme c'est le cas pour le Quartier d'Orléans (255), et un restaurant français réputé peut attirer une clientèle originaire de la partie néerlandaise ; un concessionnaire automobile de Philipsburg peut vendre à des français, etc.....

b) A Saint-Barthélémy

La situation est beaucoup plus simple à Saint-Barthélémy : un point d'entrée maritime (le port de Gustavia) et un point d'entrée aérien (l'aéroport Saint-Jean).

Le trafic de marchandises du port (256), composées principalement de matériaux de construction, de carburant et de denrées alimentaires est effectué avec Puerto-Rico pour 70%, et avec la Guadeloupe "continentale" pour 20%. Le sable est cependant importé de Barbuda, et le ciment provient en partie du Vénézuéla.

Tableau XIV (257) : Nombre de cargos ayant accostés à Gustavia, de 1990 à 1993.
Entrées  1990  1991  1992  1993 
Cargos  713  950  961  949 

La croissance du trafic s'est stoppée en 1992, et un fléchissement est même constaté pour 1993. Ceci est dû en grande partie à la baisse de l'activité dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. La prépondérance des importations destinées à ce secteur se lit aisément dans le tableau suivant :

Tableau XV (258) : Le trafic de marchandises au port de Gustavia, de 1991 à 1993.
Entrées 1991  1992  1993  variations

1993/1992 

Conteneurs (nombre)  1 197  1 209  1 162  -3,9% 
Ciments (tonnes)  11 302  9 678  6 611  -31,7% 
Sable (tonnes)  31 134  26 686  24 440  -8,4% 
Gravier (tonnes)  30 883  25 075  14 499  -42,2% 
Parpaings (unités)  284 381 238 778 251 307 +5,2% 
Véhicules légers (nombre)  637  496  406  -18,1% 
Essence (milliers de litres)  4 037  3 991  4 163  +4,3% 
Gazole (milliers de litres)  1 193  847  887  +4,7% 

On le constate tout d'abord, l'essentiel des importations de Saint-Barthélémy par voie maritime concerne les matériaux de construction, ainsi que les automobiles et leurs carburants.

Les capacités du port sont limités (259) : le quai commercial permet d'accueillir simultanément un navire de commerce classique, muni d'engins de levage à bord car le port est dépourvu de grue, deux cargos rouliers et deux unités plus petites encore, de 20 mètres de long. De plus, le déchargement des carburants ne peut être assuré avec des garanties de sécurité satisfaisantes.

L'aéroport Saint-Jean assure une partie minime de l'acheminement des importations avec, pour 1993, 375 tonnes de fret déchargé (et 47 tonnes de poste) (260). Ces marchandises importées par voie aérienne sont, comme pour Saint-Martin, essentiellement des produits de luxe à forte valeur ajoutée revendus dans les boutiques de Gustavia aux visiteurs nord-américains (261), ainsi que les produits frais, comme viandes, poissons et fruits et légumes (262).

2.3.2 Une immigration débridée à Saint-Martin

Saint-Barthélémy, avec 298 étrangers résidents en 1990 est épargné par ce phénomène. La raison d'une telle disparité avec Saint-Martin est la résultante du fait que les Saint-Barths ont comme priorité de protéger leur île. Les contraintes imposées par le conseil municipal aux constructions nouvelles en sont la preuve. D'autre part, alors qu'une majorité de Saint-Martinois travaillait en partie hollandaise au début du boum immobilier, les Saint-Barth, eux, avaient tous leur île pour base de leurs activités. Ce qui facilita sans nul doute leur reconversion.

De plus, la récente croissance démographique (3000 habitants en 1982 et 5000 en 1990) est aussi dû pour moitié à des Métropolitains (263).

La situation est toute autre à 20 Km de là, à Saint-Martin...

2.3.2.1 Origines et motivations

Les origines des 15 000 immigrants étrangers recensés en mars 1990 sont très diverses : pas moins de 75 nationalités différentes se côtoient en partie française (264) ! Cependant, seule une douzaine de nationalités dépassent la centaine de représentants.

La plus grosse communauté étrangère est celle originaire de Haïti, avec plus de 7 500 personnes. Vient ensuite la communauté dominicaine (Saint-Domingue) avec 3 000 membres. Les 4 500 autres étrangers présents à Saint-Martin se répartissent pour 90% entre les différentes nationalités des petites îles de la Caraïbe.

A l'immigration internationale viennent s'ajouter les migrations inter-régionales françaises : on compte en partie française 3 000 Métropolitains, 1 000 Guadeloupéens "continentaux", et environ 300 Martiniquais. Sur 28 000 habitants, on ne dénombre en fait que 7 000 Saint-Martinois de souche.

2.3.2.2 - Emplois et clandestinité

Il est certain que les formes d'emploi de l'économie cachée concernent avant tout les étrangers. Saint-Martin et son "boum" immobilier ont eu besoin d'une main d'oeuvre non-qualifiée qui rechigne peu aux travaux les moins nobles (265). L'immigration en provenance des pays moins développés se nourrit d'abord d'une potentialité d'activité manuelle. C'est le BTP qui a offert le plus de travail aux Haïtiens et autres Caribéens non-français.

Cependant, la Préfecture de Basse-Terre ne dénombrait, au 1er décembre 1990 et pour la commune de Saint-Martin, que 2 100 situations administratives régulières, auxquelles nous devons ajouter 1 276 autres en cours de régularisation (266). Ceci ne totalise que 3 376 immigrants déclarés. En poursuivant le raisonnement, nous pouvons approximer le nombre d'immigrés clandestins à 12 000 personnes, c'est à dire que près de 3 immigrés sur 4 se trouvent en situation irrégulière ! Ce phénomène aurait d'ailleurs pu être déduit des déclarations émanant des employeurs : de 1985 à 1991, les entreprises du BTP officiellement recensées n'ont déclarés que 100 créations d'emploi ... Or, le BTP est la principale activité de l'île, après le tourisme (Cf. paragraphe 2.3.1.1.2).

De là à affirmer que la majeure partie des clandestins travaillent dans le BTP, il n'y qu'un pas que nous pouvons franchir. Une étude de 1987 montrait d'ailleurs que 60% des actifs haïtiens étaient ouvriers, et 54% des actifs des autres Antilles étaient employés (267).

La même enquête soulignait que les activités des Métropolitains sont plus larges : 30% sont cadres ou professions intermédiaires, et 19% sont artisans ou commerçants. En ce qui concerne les emplois moins qualifiés dans le secteur du tourisme (serveurs, etc. ...), Jacques CAZENAVE souligne qu'ils sont davantage occupés par des saisonniers venant de Métropole que par la main d'oeuvre locale étrangère, manquant cruellement de qualification (268).

2.3.2.3 Les gains de productivité induits dans l'économie

L'abondance de main d'oeuvre clandestine a permis indubitablement à l'économie Saint-Martinoise de connaître une appréciation de la productivité, et spécialement dans le secteur du BTP où ils semblent être les plus nombreux à travailler. Mais disons que ce gain a été rendu possible par le moyen le moins honorable : non pas en augmentant la quantité de travail, mais en baissant le coût de l'emploi de façon illégale.

Il est néanmoins certains que ces gains de productivité ne puissent pas se rencontrer aussi aisément dans le secteur du tourisme, car les emplois sont plus généralement attribués à des personnels déclarés, les contrôles étant plus faciles.

On le constate donc, le tissu économique de Saint-Martin est toujours en pleine mutation, même si l'on peut s'attendre à une stabilisation, non sans mal, dans les cinq années à venir. Le défi principal sera de savoir gérer efficacement le problème de la population immigrée désormais inoccupée.

Après une phase d'expansion rapide, le nombre des entreprises installées à Saint-Martin décroît depuis 1992, notamment dans les services marchands et dans le bâtiment et les travaux publics (269). De nombreuses entreprises du BTP ont fermé, et l'on a aussi constaté de nombreux départs de sociétés métropolitaines, évolution inéluctable compte tenu de l'étroitesse du marché.

Le taux de chômage officiel de 9% est sous-estimé, le taux d'inactivité oscillant en fait autour de 24% aujourd'hui. On retiendra avant tout le déséquilibre du marché de l'emploi, puisque le niveau de formation des personnes à la recherche d'un emploi est très bas : 7% seulement ont le baccalauréat (270).

Saint-Barthélémy possède par contre un environnement économique tout à fait adapté au tourisme, essentiellement grâce au contrôle communal du développement de l'île.

Une initiative intéressante est à signaler à Saint-Martin : la pépinière d'entreprises de Grand Case. Avec plus de 1,6 millions de francs de subventions de la CEE, de l'état et de la commune, l'Agence pour le Développement Economique (ADE) prend l'initiative d'aider les jeunes entreprises (271). Pour de faibles frais d'inscription, les entreprises nouvelles pourront bénéficier à la fois des services d'un secrétariat et de services administratifs, juridiques ou commerciaux. L'action de l'ADE s'accompagne d'un ambitieux plan communal d'aide à la diversification de l'économie locale, articulé autour de quatre projets principaux : la création d'une ferme pilote, de la maison du pêcheur, de l'aquafarm (projet pilote en aquaculture) et d'une zone artisanale de quartier. Le but de ces réalisations est de sortir Saint-Martin de son développement mono-sectoriel (272).

De manière globale, 1994 aura été une bonne année pour les dépendances du nord ; à Saint-Martin, la plupart des hôteliers ont engrangé un bon taux de remplissage. A la différence de la Guadeloupe continentale, outre les Américains qui constituent la clientèle principale, s'ajoutent désormais les Européens, les Argentins et autres Sud Américains qui apprécient le mélange de la population. Seule fausse note, la faible diversification des loisirs dans l'île limite la clientèle de renouvellement (273).

Saint-Barthélémy connaît toujours la même clientèle de "connaisseurs" fortunés nord-américains. La commune semble bien décidée à pérenniser cette situation, exploitant au maximum une niche à la taille de l'île. Daniel BLANCHARD, maire de Saint-Barthélémy et président de l'office municipal du tourisme, définissait ainsi l'objectif de la politique touristique locale :

" Il s'agit en effet d'une volonté de préserver les caractéristiques attractives et essentielles d'une île et de sa petite population paisible, vivant depuis des siècles en si parfaite harmonie avec la beauté des sites environnants " (274).

La renommée de Saint-Martin est d'autre part en hausse en France Métropolitaine depuis quelques années ; en fait, depuis que l'on en parle en Métropole, c'est à dire depuis la loi Pons sur la défiscalisation de 1986. C'est en effet à partir de cette époque que le potentiel d'accueil des Iles du Nord a commencé à augmenter prodigieusement, allant pratiquement jusqu'à rattraper Sint-Maarten en ce domaine. Ces chambres supplémentaires n'ont su trouver tous les clients américains escomptés, et il a fallu promouvoir sérieusement Saint-Martin et Saint-Barthélémy en Métropole, chose nouvelle.


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