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4. CONCLUSION GENERALE

Historiquement, le cadre institutionnel des Iles du Nord leur a laissé beaucoup de liberté en ce qui concerne la conduite d'une économie largement tournée vers les territoires non-français. La raison essentielle en est l'incertitude constante, pendant plus de 300 ans, quant à leur maintien dans l'ensemble français. En effet, de 1648 (date de colonisation effective) au milieu du XIXe siècle, les guerres coloniales incessantes entre la France et ses voisins européens ont souligné l'incapacité flagrante de la Nation à défendre ces deux territoires perdus au nord des activités françaises dans la Caraïbe. Ensuite, jusqu'en 1980, personne n'aurait pu dire si les Antilles françaises n'allaient pas suivre les anciennes colonies sur la route de l'indépendance.

Jusqu'au début des années 80, l'importance économique de ces îles a été très infime, voire même insignifiante pour la France. Aucune culture (autres que vivrière) n'a réellement pu s'y développer, les sols étant trop pauvres, et trop peu arrosés.

La conjonction de ces deux facteurs majeurs permet d'expliquer aisément que, par le passé, ces deux territoires n'aient jamais réellement eu de "valeur" pour la France.

En 1995 pourtant, la "valeur" de ces deux îles n'est plus insignifiante comme il y a encore vingt ans. En effet, le tourisme s'y est développé, avec pour principale caractéristique une clientèle à forte dominante nord-américaine, fournissant des devises fortes. Il est indéniable que l'Etat va désormais tout mettre en uvre pour ne plus négliger l'impôt. Si les Iles du Nord ne sont effectivement redevables d'aucun impôt indirect, en revanche rien ne les exempte d'impôts directs, comme l'IRPP ou l'IS.

Le développement du tourisme résulte lui-même essentiellement de l'application des lois de défiscalisation des investissements dans les DOM-TOM, qui ont permis, plus à Saint-Martin qu'à Saint-Barthélémy, de disposer très rapidement des infrastructures nécessaires à l'accueil massif de touristes internationaux. Sans ces lois, le tourisme se serait tout de même très bien développé à Saint-Barthélémy, mais Saint-Martin aurait encore pendant longtemps dû se contenter des miettes du développement touristique de la partie néerlandaise... Certes, la défiscalisation a suscité de nombreuses contestations justifiées, mais elle a au moins un mérite inestimable, comparée à la subvention : " Elle ne correspond pas à une logique d'assistance mais au contraire stimule l'initiative, favorise les adaptations, et soutient un développement économique plus sain que celui qui résulte de simples transferts sociaux " (330).

Un tel type de développement présente selon nous deux grandes faiblesses.

La première est liée très étroitement aux causes de ce développement : les lois de défiscalisation, ont entrainé des abus et des effets pervers.

La seconde faiblesse du développement est bien plus préocupante. Même euphorique, ce développement est monosectoriel. Que va-t-il se passer si le tourisme aux Iles du Nord périclitait ? Aujourd'hui encore, les touristes "ciblés" par les deux îles sont en grande partie d'origine nord-américaine, malgré de récentes opérations de promotion en Europe et en Amérique du sud. Le jour où Cuba s'ouvrira, les touristes américains préféreront peut-être y retourner plutôt que de venir à Saint-Martin ... Il ne faut en effet pas perdre de vue que l'essor de bon nombre de petites îles des Antilles s'est fait à partir des années 60, lorsque Fidel Castro a fermé Cuba aux Américains.

Quel que soit le développement futur des Iles du Nord, il apparait que leur principal atout tient en leur double appartenance aux réseaux économiques nord-américains et à l'Union Européenne (331).

Les Iles du Nord pourront-elles continuer à tirer parti de cette position charnière, comme elles ont su le faire depuis le XVIIe siècle ?

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